Editorial

Ce puîné de la presse sénégalaise se veut, et le réclame, être l'héritier des vaillants devanciers qui ont rendu possibles l'émergence de la « parole libérée » ans notre pays, la sincérité des scrutins et les grands changements qui ont bouleversé la configuration de notre paysage sociopolitique. Il est vrai que pour la presse sénégalaise, les jours ne sont actuellement pas très heureux. En posture de victime, elle subit les foudres de l'ostracisme de quelques oiseaux de roie et d'une impéritie, fille de l'intolérance à la critique. Il va sans dire que, pour « Le Temps du Continent », la saison n'est pas des meilleures pour une closion. Mais c'est là une raison de plus pour nous arrimer à la lettre de la règle journalistique. Nous sommes convaincus que seul le respect scrupuleux des rincipes déontologiques nous évitera les errements que l'on reproche à la presse sénégalaise. Retrouver l'esprit des devanciers, renouer avec cette âme militante qui a fait faire de grandes choses à certains de nos confrères, voici le voeu du « Temps du Continent ». Oui, nous sommes résolument dans un journalisme de militant en ayant une claire conscience qu'il n'existe aucune antinomie entre le respect des principes déontologiques et la force des convictions qui nous animent. Nous récusons ce journalisme sans âme qui est de mode aujourd'hui et dont les travers les plus saillants sont la « pipolisation » de l'information, la mise en vedette de la rumeur et la recherche effrénée du scoop. Nous réfutons cette vacuité idéologique qui est dans l'air du temps mais qui s'avère être la pire des idéologies, le manque de consistance et d'épaisseur élevé au rang de doctrine. Nous revendiquons le droit à la conviction. Nous estimons que le journalisme est un métier de gens de coeur. Et nous sommes fiers de proclamer que « Le Temps du continent » est au service d'une cause. Ce journal est un journal panafricain. Il est une arme, une bêche, une houe, devrait-on dire, pour tracer les sillons de l'unité africaine. Il est la modeste contribution de citoyens africains à une grande ambition. Le défi pour nous se trouve dans la prospection d'une information positive sur le continent et dans la volonté d'assumer la rupture d'avec ce catastrophisme de mise chaque fois qu'il est question de parler de l'Afrique. Congédier la vision misérabiliste de l'Afrique, extirper de nos esprits ce défaitisme qui y a pris racine, se donner le courage et les moyens de construire une Afrique forte, nie et solidaire, celle qu'appelaient Kwame Nkrumah ou Cheikh Anta Diop, là se trouve l'essence de notre combat, la substance d'une idéologie que nous brandissons comme un étendard. Certes, ce volontarisme ne nous empêchera jamais de poser un regard objectif sur l'Afrique, de nous évertuer au diagnostic juste, conditionnalité fondamentale pour prendre la mesure du champ à labourer. Nous savons qu'il nous faut nous méfier du leurre de l'autoglorification. Mais nous avons conscience que notre mission ne rime pas avec la tâche d'un jour ; ce sera une oeuvre de longue haleine qui requiert patience et abnégation. Elle surpasse la brièveté de nos furtives existences. Elle ne prendra fin que le jour où nous pourrons barrer notre première page avec ce « titre formidable» évoquant la ballade d'Africains heureux.

 

Moustapha Sarr DIAGNE

 
 

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