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Edouard Balladur et Alain Juppé, respectivement Premier ministre et ministre des Affaires étrangères dans les années 90, ainsi que de hauts responsables militaires pourrait être l'objet de mandats d'arrêt par une commission rwandaise pour leur rôle dans le génocide de 1994. L'annonce a été faite par le chef de l'État Rwandais, Paul Kagamé, dans une interview qu'il a accordé à un quotidien belge.
Le Président rwandais Paul Kagamé, dans une interview parue samedi dans un journal belge, évoque la possibilité d'émettre des mandats d'arrêt à l'égard des personnalités françaises mises en cause pour leur rôle dans le génocide de 94 « C'est une possibilité que nous envisageons [...]. D'ailleurs, sur le plan judiciaire, les Français ont établi un précédent. Si eux l'ont fait - lancer des mandats d'arrêt à l'égard de dirigeants rwandais -, nous prouvons le faire aussi à leur égard », a déclaré Paul Kagamé au quotidien belge, en faisant référence aux mandats d'arrêt lancés en 2006 par le juge français Jean-Louis Bruguière contre neuf personnalités du régime pour leur implication présumée dans l'attentat, le 6 avril 1994, contre l'avion du Président Juvénal Habyarimana. Début août, une commission rwandaise a rendu publics les résultats d'une enquête mettant en cause des responsables militaires et civils français dans le génocide des Tutsi qui a fait plus de 800 000 morts, selon l'ONU, entre avril et juillet 1994. Avant de recourir à des suites judiciaires, le chef de l'État Rwandais a déclaré attendre que « la France en tant que telle, examine sérieusement, à travers ses institutions, son gouvernement », ces résultats. « Ils ne peuvent tout simplement pas écarter ce rapport, d'autant moins que de nombreux points avaient déjà été soulevés par la mission d'enquête parlementaire qui avait été organisée en France même voici dix ans », a-t-il estimé, critiquant « des réactions [entendues] à la radio, où les intervenants balayaient ce rapport, sans plus ». Kagamé a écarté toute possibilité d' « arrangement particulier » avec le ministre des Affaires étrangères français, Bernard Kouchner, ou le Président Nicolas Sarkozy : « Dans une situation comme celle-ci, c'est très difficile, les choses sont allées trop loin. Ce sont les Français eux-mêmes, par leur attitude, qui ont rendu tout cela beaucoup plus difficile. » « La question ainsi posée dépasse de loin les relations entre le Rwanda et la France, a-t-il souligné. Il s'agit d'une question de justice internationale, savoir comment des juges européens, agissant à titre individuel, peuvent ainsi abuser de la justice et agresser d'autres pays, alors que l'inverse n'est pas vrai (faisant allusion aux 9 mandats d’arrêt internationaux lancés récemment à l'encontre des hauts responsables sénégalais dans la gestion du naufrage du Joola). Jusqu'à présent, de telles démarches allaient toujours du Nord vers le Sud, et je ne vois pas pourquoi cela devrait continuer de la sorte ». Dans la même édition du quotidien belge, le ministre rwandais de la Justice, Tharcisse Kavugarama, a annoncé que le Rwanda va « invoquer la coopération judiciaire entre États » pour poursuivre les enquêtes sur les personnalités françaises citées. Parmi celles-ci, figurent notamment Edouard Balladur et Alain Juppé, respectivement Premier ministre et ministre des Affaires étrangères à l'époque des faits, ainsi que de hauts responsables militaires. Dans le cas où cette voie ne fonctionnerait pas, M. Kavugarama a assuré que « des mandats d'arrêt internationaux [...] devraient être prêts d'ici un mois ou deux ». Kadiatou BALDE |