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L'autre « L'Afrique répond à Sarkozy » Un livre de 347 pages est sorti dans le sillage des livres qui sont destinés à répondre au discours de Dakar de Nicolas Sarkozy. Passées les réactions vives et indignées qu'a suscitées, chez les Africains, le discours de Nicolas Sarkozy prononcé à Dakar le 26 juillet 2007, ses déclarations sur l'immobilisme du continent africain ou encore la non responsabilité de la France dans ses problèmes actuels nécessitaient une riposte argumentée, dépouillée de toute considération émotive. C'est dans le but d'éclairer le Président Sarkozy, mais aussi son entourage et, plus généralement, le grand public sur la réalité de l'histoire africaine qu'Adam Bâ Konaré a lancé, en septembre 2007, un appel remarqué à la communauté des historiens.
Cet ouvrage est le résultat de cette mobilisation : une vingtaine de contributions de spécialistes de notoriété internationale ou de plus jeunes chercheurs, africains et européens, qui abordent chacun avec rigueur et précision un pan de l'histoire riche, complexe et trop souvent méconnue du continent. La construction à la fois chronologique et thématique de l'ouvrage permet de réfuter point par point les poncifs hérités de l'ethnologie coloniale véhiculés par le discours de Dakar et de prodiguer plus largement une véritable leçon d'histoire pour enfin changer le regard porté sur l'Afrique. Cette riposte n'est pas une affaire d'Africains blessés dans leur dignité, mais une affaire d'historiens, ceux du Nord comme du Sud. Un fédéralisme intellectuel qu'illustrent notamment l'ouverture de l'ouvrage sur la préface d'un des historiens africains les plus connus, Elikia M'bokolo, et sa clôture sur le témoignage de la philosophe Catherine Clément. C'est comme cela qu'il faut comprendre cette réaction concertée d'historiens africains qui se sont évertués à démontrer les responsabilités françaises dans la situation endémique des économies africaines actuelles. Comment pourrait-il en être autrement quand trois cent ans d'esclavage doublés d'un siècle et demi de colonisation ont enlevé à l'Afrique ses fils et une substance indispensable à sa croissance. Aujourd'hui que les différents sujets d'examens en Afrique francophone questionnent sur « le procès du colonialisme ». La grande question qui a prévalu dans la littérature africaine post coloniale symbolisée par « Batouala » de René Maran, mais aussi tout un florilège d'oeuvres de Césaire à Senghor, de Léon Gontran Damas à Edouard Monnick, tous ont dénoncé d'une manière ou d'une autre certains impairs de la colonisation. L'histoire, dit-on souvent, est écrite par les vainqueurs. Le discours de Sarkozy remettait en branle cette vérité simple. Les historiens comme Ibrahima Baba Kaké, Joseph Ki Zerbo ont tous affleuré ses thèmes connexes entre la nouvelle école d'écriture de l'histoire et l'ancienne scolastique des occupants. En 1974, l'UNESCO a érigé un programme de réécriture de l'histoire africaine en mobilisant des élites comme Ki Zerbo, Djibril Tamsir Niane mais aussi Elia Mbokolo, Ibrahima Baba Kaké pour la rédaction d'un immense livre critique, contradictoire et explicatif sur l'histoire africaine. Au début de ce millénaire, on en est encore à la réécriture de l'histoire africaine à cause du discours de Dakar. L'école des annales de Brödel qui privilégiait l'histoire évènementielle, avait-t-elle prévu une telle récurrence? Le Président Abdoulaye Wade s'était jeté dans la polémique en arguant que la paternité du discours de Sarkozy n'est pas à imputer au Président Sarkozy mais au rédacteur du discours de Dakar nommé Jean Gueno. Dans le flot des protocoles discursifs et des polémiques à l'emporte pièce, les questions se bousculent. Le livre est-il la voie la plus appropriée pour répondre à Sarkozy ? Depuis l'édition à Dakar du livre « L'Afrique répond à Sarkozy », ne fallait-il pas varier les réponses avec un film quand on sait que les supports de diffusion sont faciles pour les images dans ce millénaire ? Le film d’Arnaud Ngartha intitulé « Noirs »ne répond-il pas de manière éloquente à Sarkozy ? Il faudra multiplier les supports communicationnels, mais aussi traquer toutes les survivances liées à la négation de la responsabilité française dans le retard endémique de l'Afrique. Aujourd'hui que ce discours fait encore parler de lui, des pratiques très subtiles liées à cette négation de la responsabilité française survivent dans la couverture de l'actualité du continent africain par les grandes chaînes de télévision française. Certaines personnalités qui sont dans la diaspora africaine parlent de réparation de l'esclavage et de la colonisation. S'il n’y avait pas de responsabilité française dans l'esclavage perpétré sous la férule du Cardinal de Richelieu dans les Antilles françaises, comment comprendre que la loi Taubira ait condamné l'esclavage comme crime contre l'humanité ? Comment comprendre que ces millions de Noirs déportés de l'Afrique vers les Antilles soient sujets au retour en Afrique ? Les questions se bousculent dans les consciences après tous les programmes d'ajustements structurels notés sur ce continent riche. Il faudra un formidable briseur de mythe pour prendre le contre pied de l'élan sarkozien. Le débat reste ouvert. Pape Demba DIOP |