Jean Marie Gustave Le Clezio, Prix Nobel de Littérature 2008

Un grand voyageur altermondialiste amoureux des lettres

Un écrivain marqué par le rêve, l'enfance, la revote contre la société urbaine qui parcourt des ailleurs et alterne entre une écriture didactique et romanesque. Tel est le portrait du nouveau récipiendaire du Prix Nobel de Littérature 2008. Ouvert aux pulsations du monde et curieux du devenir des minorités, son sacre n'a surpris personne. L'île Maurice fut sa patrie culturelle et la récurrence de son œuvre. Le Mexique en marque une rupture radicale. « Le désert » fut chez lui un best seller.

Le comité de l'académie suédoise dit qu'il a voulu récompenser un écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle. L'explorateur d'une humanité au delà et en dessous de la civilisation régnante.

Un écrivain marqué par l'enfance, la minorité, le voyage, la méditation, la mondialisation et le rêve, c'est comme cela qu'il faut comprendre ce nouveau récipiendaire du prestigieux Prix Nobel de Littérature. Marqué par son enfance loin de l'Hexagone, ses voyages en Iran, en île Maurice, au Mexique, à Austin et à Albuquerque, Jean Marie Gustave Le Clezio a très tôt été imprégné par diverses cultures. Au sortir de sa thèse écrite en 1964 sur la solitude dans l'oeuvre d'Henri Michaux, son goût d'écrire ne cessera plus à travers divers livres comme « Le procès  verbal », « La fièvre », « Le déluge », « Terra Amata », « Le livre des fuites », « La guerre ». Cet homme s'est

incrusté à un combat pour « une littérature monde » qui invite à une reconnaissance d'une littérature de langue française qui ne relèguerait pas les auteurs qualifiés de

 francophones dans les marges et à retrouver le romanesque du roman en réhabilitant la fiction grâce notamment à l'apport de jeunes écrivains sortis de l'ère du soupçon. Aujourd'hui, l'altermondialisme de l'écriture le tente par

un retour de la contestation dans cette grande oeuvre. L'Afrique peut beaucoup espérer de ce grand écrivain qui n'aime pas la modernité et aime les minorités, le rêve et le voyage. Jean Marie Gustave Le Clezio revendique une filiation tutélaire avec les poètes John Keats et W. H. Auden, J. D. Salinger, Ernest Hemingway, William Faulkner, Lautréamont, Henri Michaux, Antonin Artaud, Margaret Mitchell, Lao She, Thomas Mofolo et Naipaul. Il a été adepte du « monologue intérieur » et du courant du nouveau roman à la Michel Butor. Cet écrivain qui a beaucoup voyagé s'est exclamé lors de sa  consécration comme récipiendaire du Prix Nobel : « Il faut continuer à lire des romans et à réfléchir ». Et d’ajouter : « On écrit souvent pour des gens qui ont faim. » Comment comprendre cette oeuvre remarquable écrite tout au long de son existence ? Après « Le procès verbal » qui fut couronné du prix Renaudot en 1963, Jean Marie Gustave Le Clezio fit son service militaire  en Thaïlande et en tant que coopérant fut expulsé pour avoir dénoncé la prostitution enfantine. Comme Freud disait qu'il faut comprendre les mythes pour comprendre les hommes, il a coécrit avec sa femme

« Les sirandananes », un recueil de devinettes proverbiales courantes à Maurice. Chez cet homme, tout est objet d'intérêt. L'île Maurice, sa patrie culturelle, est le cadre récurrent de son oeuvre. La découverte des indiens du Mexique fut la rupture dans l'oeuvre de Jean Marie Gustave Le Clezio. En 1980, « Le désert » fut son premier best seller. Aujourd'hui, cet homme est rangé dans un panthéon pareil à celui de Claude Simon. Même s'il s'en défend et déclare ne pas être aussi calé que  Claude Simon, cet homme vient enrichir le palmarès de la France qui, dans la même cuvée 2008, a vu le Prix Nobel de Médecine décerné à deux autres français : Luc Montagnier et Françoise Barré Sinoussi.

Aujourd'hui, il faut se demander comment l'Afrique pourra bénéficier de l'apport de ce grand écrivain ouvert aux alizés et à la compréhension de l'intime du monde. L'oeuvre de Jean Marie Gustave le Clezio

riche d'une trentaine d'ouvrages reflète ses préoccupations écologiques, sa révolte contre l'intolérance de la pensée rationaliste occidentale, sa fascination pour le monde indien des Amériques qu'il a découvert très tôt et « qui a changé toute ma vie », écrit-il dans un bel essai sur le rituel amérindien la fête chantée. « Mes idées sur le monde et sur l'art, dit-il, ma façon d'être avec les autres, de marcher, de dormir, d'aimer et jusqu'à mes rêves. » Ses prochains livres le porteront sans doute en Afrique, dans les Afriques, le continent vierge et aux mille déclinaisons.

Pape Demba DIOP

 
 

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